Services applicatifs, partage et protocoles hérités
- Accueil
- Fondations techniques
- Réseaux
- Services applicatifs, partage et protocoles hérités
Services applicatifs, partage et protocoles hérités
Section intitulée « Services applicatifs, partage et protocoles hérités »Un réseau d’entreprise transporte rarement « du trafic » : il transporte des services, chacun avec son protocole, ses ports, ses dépendances et, en principe, son propriétaire. Ce chapitre fait le tour de ces services, de la messagerie à la réplication entre baies de stockage, situe les protocoles d’identité qui les protègent, puis descend à la cave, là où dorment Telnet, TFTP, NetBIOS et IPX/SPX. Ils dorment d’un œil : un protocole hérité n’est jamais aussi actif que le jour où l’on décide de l’éteindre.
Un immeuble de bureaux abrite une salle du courrier, des archives, une imprimerie, un accueil qui vérifie les badges, et parfois une vieille pièce que plus personne n’utilise mais dont la porte est restée ouverte. Ce chapitre fait le tour de ces services dans un réseau informatique, y compris les plus anciens qui traînent encore.
→ Lire l’explication complète de la marmotte
Les services visibles par les utilisateurs
Section intitulée « Les services visibles par les utilisateurs »La messagerie repose sur deux familles de protocoles. SMTP (Simple Mail Transfer Protocol) achemine les courriels entre serveurs sur le port 25, et reçoit les envois des clients authentifiés sur le port 587 (soumission, avec STARTTLS) ou 465 (TLS implicite). Pour relever le courrier, POP3 (Post Office Protocol version 3, port 110, ou 995 chiffré) télécharge les messages et les retire en général du serveur, tandis qu’IMAP (Internet Message Access Protocol, port 143, ou 993 chiffré) les laisse sur le serveur et synchronise dossiers et états entre appareils. Dans les grandes organisations, la messagerie est souvent hébergée et accessible par des API (Application Programming Interface) web, mais SMTP reste le protocole d’échange entre domaines.
Le web utilise HTTP (HyperText Transfer Protocol), sur le port 80 en clair et 443 en HTTPS (HTTP sur TLS, Transport Layer Security). Il est devenu le transport universel : intranet, applications métier, outils de collaboration, interfaces d’administration et API passent par lui. Ses évolutions récentes sont décrites dans QUIC et HTTP moderne.
Le partage de fichiers passe par SMB (Server Message Block, port 445) dans le monde Windows et par NFS (Network File System, port 2049) dans le monde Unix. NFS dans ses versions 2 et 3 fait confiance à l’identifiant numérique d’utilisateur annoncé par le client : quiconque contrôle un poste autorisé peut se déclarer n’importe qui. NFSv4 avec Kerberos corrige ce défaut, à condition de l’activer. La GED (gestion électronique de documents) ajoute au stockage les métadonnées, les versions et les circuits de validation, presque toujours au-dessus de HTTP et d’une base de données.
Les bases de données écoutent sur des ports caractéristiques : 1433 pour Microsoft SQL Server, 1521 pour Oracle, 3306 pour MySQL et MariaDB, 5432 pour PostgreSQL. Elles ne devraient être joignables que depuis les serveurs applicatifs, jamais depuis l’ensemble des postes. L’impression utilise IPP (Internet Printing Protocol, port 631), l’ancien LPD (Line Printer Daemon, port 515) et le flux brut sur le port 9100 ; les imprimantes multifonctions embarquent aussi un serveur web, parfois un serveur FTP, et envoient les numérisations vers des partages SMB avec un compte de service rarement surveillé (Sécurité des imprimantes réseau).
Le DaaS (Desktop as a Service) fournit des postes de travail virtuels hébergés, auxquels l’utilisateur accède par un protocole d’affichage distant comme RDP (Remote Desktop Protocol, port 3389) ou par une passerelle HTTPS. Le poste réel n’est alors plus qu’un écran ; les flux importants deviennent ceux entre le bureau virtuel et les serveurs, souvent dans un autre centre de données.
Les flux que personne ne voit
Section intitulée « Les flux que personne ne voit »Les flux indispensables au SI (système d’information) ne sont pas tous initiés par des utilisateurs. La réplication entre baies de stockage copie en continu les volumes d’un site vers un autre : en mode synchrone, chaque écriture attend l’acquittement distant, ce qui impose une faible latence et donc une distance limitée ; en mode asynchrone, la copie suit avec un retard, au prix d’une perte possible des dernières écritures en cas de sinistre. Ces flux passent par Fibre Channel, par iSCSI (Internet Small Computer Systems Interface, port 3260) ou par des protocoles propriétaires, avec des débits considérables. La sauvegarde, elle, lit tous les serveurs avec des droits très larges. Les deux transportent l’intégralité des données et doivent apparaître dans l’inventaire, le filtrage et la supervision (Continuité, sauvegardes et PRA).
Sur les liens longs, des accélérateurs de type WAAS (Wide Area Application Services, nom de la gamme Cisco devenu générique) compressent, dédupliquent et accélèrent les protocoles bavards comme SMB. Leur gain s’effondre sur du trafic chiffré, qu’ils ne peuvent compresser qu’en le déchiffrant (Performance, QoS et capacité). Compression et chiffrement n’ont rien en commun : un flux compressé reste lisible par quiconque connaît l’algorithme, c’est-à-dire tout le monde.
Atelier : matrice service, protocole, port, zone
Section intitulée « Atelier : matrice service, protocole, port, zone »Chaque ligne relie un service à son protocole, à son port, aux zones source et destination, et à un propriétaire métier. Sans cette dernière colonne, le port reste ouvert à jamais faute de quelqu’un pour dire qu’il ne sert plus.
| Service | Protocole | Port | Source → destination | Propriétaire |
|---|---|---|---|---|
| Envoi de courriel | SMTP soumission | 587/TCP | postes → passerelle messagerie | équipe messagerie |
| Relève de courriel | IMAP sur TLS | 993/TCP | postes → serveur messagerie | équipe messagerie |
| Partages bureautiques | SMB | 445/TCP | postes → serveurs de fichiers | services métier |
| Application ERP | HTTPS | 443/TCP | postes → frontal web | direction financière |
| Base de l’ERP | PostgreSQL | 5432/TCP | frontal web → base | direction financière |
| Impression | IPP | 631/TCP | postes → serveur d’impression | services généraux |
| Sauvegarde | protocole de l’outil | variable | serveur de sauvegarde → tous serveurs | exploitation |
| Réplication | iSCSI | 3260/TCP | baie A → baie B | exploitation stockage |
L’ERP (Enterprise Resource Planning, progiciel de gestion intégré) illustre la notion de dépendance : la ligne utilisateur (443) ne suffit pas, l’application a besoin de sa base, de l’annuaire, du DNS (Domain Name System) et du temps. Une matrice qui ne liste que les flux des utilisateurs décrit la façade, pas le bâtiment. Le passage de cette matrice aux règles de filtrage est traité dans Filtrage, segmentation et NAC.
Administration et identité
Section intitulée « Administration et identité »L’administration et l’identité forment des familles à part, parce qu’elles donnent du pouvoir à ceux qui les maîtrisent.
NTLM (NT LAN Manager) est le protocole historique d’authentification Windows, par défi-réponse. Il ne permet pas au client d’authentifier le serveur et se prête au relais : un attaquant qui intercepte une négociation peut la rejouer vers un autre service (NTLM : fonctionnement, vulnérabilités et durcissement). Kerberos (port 88) le remplace dans les domaines Active Directory : un centre de distribution de clés délivre des tickets limités dans le temps, valables pour un service précis, ce qui exige des horloges synchronisées à quelques minutes près. Ces deux protocoles réalisent une authentification réseau : elle a lieu au moment où le poste ouvre une session ou accède à un partage, sur le réseau interne, souvent de façon transparente pour l’utilisateur.
SAML 2.0 (Security Assertion Markup Language) et OIDC (OpenID Connect) réalisent une authentification applicative fédérée : l’application web redirige le navigateur vers un fournisseur d’identité, qui authentifie l’utilisateur et renvoie une assertion signée. Ils fonctionnent à travers Internet, sur HTTPS, et permettent l’authentification unique vers des applications hébergées chez des tiers. L’annuaire qui sert de référentiel, souvent interrogé par LDAP (Lightweight Directory Access Protocol, port 389, ou 636 chiffré), complète le tableau.
Atelier : comparer Kerberos, SAML et OIDC
Section intitulée « Atelier : comparer Kerberos, SAML et OIDC »| Critère | Kerberos | SAML 2.0 | OIDC |
|---|---|---|---|
| Terrain | réseau interne, domaine | applications web d’entreprise | applications web et mobiles |
| Transport | protocole dédié, port 88 | redirections HTTPS via le navigateur | redirections HTTPS, API |
| Preuve émise | ticket chiffré | assertion XML (eXtensible Markup Language) signée | jeton d’identité JSON (JavaScript Object Notation) signé |
| Dépendance critique | horloges synchronisées, DNS | certificat de signature du fournisseur | configuration des URL (Uniform Resource Locator) de retour |
| Époque | années 1980 au MIT (Massachusetts Institute of Technology), version 5 en 1993 | 2005 | 2014 |
Les protocoles d’administration méritent la même vigilance. Telnet (port 23) ouvre une session distante en transmettant identifiant, mot de passe et commandes en clair : une capture suffit à les lire. FTP (File Transfer Protocol, ports 21 et 20, ou ports dynamiques en mode passif) transfère des fichiers, lui aussi en clair. TFTP (Trivial File Transfer Protocol, port 69 en UDP, User Datagram Protocol) n’a même pas d’authentification : il sert au démarrage réseau des postes et au chargement des configurations ou micrologiciels d’équipements, et quiconque connaît le nom du fichier peut le lire, voire l’écrire si le serveur l’autorise. Il faut distinguer un protocole de transfert (FTP, TFTP, SFTP, SSH File Transfer Protocol) d’un protocole d’administration (Telnet, SSH, RDP) : le premier déplace des fichiers, le second donne la main sur la machine. Telnet se remplace par SSH (Secure Shell, port 22), FTP par SFTP ou HTTPS ; TFTP, souvent impossible à supprimer pour le démarrage réseau, se cantonne à un réseau d’administration isolé, avec un serveur en lecture seule et des fichiers sans secret. Les accès d’administration eux-mêmes passent idéalement par un bastion (VPN, tunnels et bastions).
Héritage et compatibilité
Section intitulée « Héritage et compatibilité »IPX/SPX (Internetwork Packet Exchange / Sequenced Packet Exchange) est la pile réseau de Novell NetWare, dominante dans les réseaux locaux d’entreprise jusqu’au milieu des années 1990, avant que TCP/IP (Transmission Control Protocol / Internet Protocol) ne l’emporte. Son intérêt aujourd’hui est surtout historique : la retrouver signale un équipement très ancien, une machine industrielle ou un logiciel qui n’a pas changé depuis l’époque des disquettes.
NetBIOS (Network Basic Input/Output System) est une interface de nommage et de session des premiers réseaux PC. NBT (NetBIOS over TCP/IP), défini par les RFC 1001 et 1002, la transporte sur TCP/IP avec trois ports : 137/UDP pour les noms, 138/UDP pour les datagrammes, 139/TCP pour les sessions. Sa résolution de noms par diffusion répond à n’importe qui sur le segment, ce qu’exploitent des outils d’empoisonnement bien connus pour récolter des empreintes NTLM. SMB fonctionne directement sur le port 445 depuis Windows 2000 ; NBT ne sert donc plus qu’à des clients anciens, et sa désactivation est une mesure de durcissement classique, après vérification.
Les protocoles obsolètes se nichent toujours aux mêmes endroits : imprimantes et copieurs, commutateurs et onduleurs anciens, automates et équipements de laboratoire, NAS (Network Attached Storage) bon marché, applications métier dont l’éditeur a disparu. Un service hérité n’est pas forcément un service inutile : le premier est ancien mais peut être indispensable, le second ne sert plus à personne. Seule l’observation des flux permet de trancher. La démarche est toujours la même : isoler le service dans un segment dédié avec un filtrage strict, journaliser ses accès pour savoir qui l’utilise réellement, puis migrer vers un équivalent sûr avec une date de fin.
Atelier : repérer Telnet ou FTP dans un inventaire
Section intitulée « Atelier : repérer Telnet ou FTP dans un inventaire »nmap -sS -sU -p T:21,23,139,445,U:69,137 --open -oG - 10.0.0.0/24Ce balayage, à lancer uniquement sur un périmètre dont on a la responsabilité et avec autorisation, liste les hôtes qui exposent FTP, Telnet, TFTP ou NetBIOS. Le résultat se croise ensuite avec la matrice : un port 23 ouvert sur un commutateur du cœur de réseau sans propriétaire déclaré est une ligne à traiter en priorité. Les enregistrements de flux complètent le balayage en montrant qui s’y connecte réellement, ce qui sépare l’hérité de l’inutile.
Pièges classiques
Section intitulée « Pièges classiques »Ouvrir un port sans propriétaire métier garantit qu’il restera ouvert : personne n’osera le fermer, puisque personne ne sait qui en dépend.
Laisser TFTP ou Telnet sur un segment non contrôlé offre à tout poste compromis la lecture des configurations d’équipements et la capture des mots de passe d’administration.
Oublier les flux de réplication et de sauvegarde dans la matrice revient à laisser hors filtrage et hors supervision les seuls flux qui transportent toutes les données.
À ne pas confondre
Section intitulée « À ne pas confondre »Protocole de transfert et protocole d’administration : FTP déplace des fichiers, Telnet donne une console ; les deux sont en clair, mais le second livre directement les commandes.
Service hérité et service inutile : ancien ne veut pas dire superflu, et récent ne veut pas dire utilisé.
Compression et chiffrement : la compression réduit la taille, le chiffrement cache le contenu. Le WAAS accélère, il ne protège rien.
🐝 Ce qui arrive si on s’en passe
Section intitulée « 🐝 Ce qui arrive si on s’en passe »Sans cartographie des services, un protocole hérité reste actif parce que personne ne sait qui en dépend, et ce qui n’a pas de propriétaire n’a pas non plus de correctifs : la porte oubliée devient la mieux connue des attaquants et la moins surveillée des défenseurs. Les protocoles d’administration anciens, qui transmettent identifiants et commandes sans chiffrement, livrent à quiconque écoute le segment de quoi se connecter à son tour avec des droits d’administrateur. Et un flux de réplication ou de sauvegarde absent de l’inventaire échappe au filtrage comme à la supervision, tout en transportant l’intégralité des données.
🦫 Explication de la marmotte 🍫
Section intitulée « 🦫 Explication de la marmotte 🍫 »Un réseau d’entreprise transporte de nombreux services, et chacun utilise un protocole, c’est-à-dire une règle d’échange, avec un numéro de port qui l’identifie. La messagerie utilise un protocole pour envoyer les courriels, SMTP, et d’autres pour les relever, POP3 et IMAP. Le web utilise HTTP. Le transfert de fichiers passe par FTP ou par sa version simplifiée TFTP, le partage de dossiers par NFS. S’y ajoutent l’impression, les bases de données, la gestion documentaire, la collaboration et la réplication entre baies de stockage. L’identité forme une famille à part : NTLM et Kerberos vérifient qui se connecte sur le réseau interne, tandis que SAML et OIDC permettent de se connecter à des applications web avec un compte unique. Certains protocoles sont anciens, comme Telnet pour l’administration à distance, ou NetBIOS et IPX/SPX pour le partage en réseau ; ils doivent être isolés, journalisés, puis remplacés. La méthode consiste à dresser un tableau qui relie chaque service à son protocole, à son port et à la zone du réseau où il circule, avec un responsable métier pour chacun. On repère ainsi les ports ouverts sans raison, les anciens protocoles encore présents et les flux oubliés, comme la réplication et les sauvegardes. Il faut aussi retenir que compresser des données ne les chiffre pas, et que distinguer un service ancien d’un service inutile demande de vérifier qui l’utilise encore.
À lire aussi
- Comprendre pourquoi les systèmes communiquentDonner une vision claire de ce qu’un réseau permet : relier des systèmes, partager des ressources, distribuer des services, transporter des données et exposer des surfaces de sécurité.
- Interfaces, pilotes et démarrage par le réseauRelier carte réseau, pilote, système d’exploitation et pile protocolaire pour comprendre comment une machine émet et reçoit du trafic.
- UDP, TCP et comportements de transportComprendre les transports classiques, leurs états, timeouts, performance et risques de sécurité.
- RDP exposé sur Internet : risques, durcissement et détectionFonctionnement du protocole RDP de Microsoft, raisons de son exposition aux rançongiciels, risques internes, durcissement par passerelle avec MFA et détection des connexions à distance.
Pages voisines
La citent
- Comprendre pourquoi les systèmes communiquent
- NAT, translations et publication de services
- Principes de sécurité, identité et cryptographie utile au réseau
Services applicatifs, partage et protocoles hérités
Elle cite
- QUIC, HTTP moderne, TLS et proxys applicatifs
- Filtrage, segmentation, NAC et Zero Trust
- Performance, QoS, capacité et sobriété énergétique
- VPN, tunnels, bastions et interconnexions protégées
- Continuité, sauvegardes, PRA/PCA et haute disponibilité
- Déployer SPF DKIM DMARC jusqu'à reject
- NTLM : protocole authentification LAN Manager New Technology Microsoft
- OIDC, SAML et OAuth 2.1 en fédération
- Sécuriser les imprimantes réseau en entreprise
